La plupart des gens commencent par acheter du froid. C'est presque toujours l'ordre le plus cher. Voici la séquence qui fonctionne, et pourquoi chaque étape rend la suivante moins coûteuse.
Une facture d'électricité antillaise n'a pas la même structure qu'une facture métropolitaine. Il n'y a pas de chauffage pour absorber la moitié du total. Ce qui reste, le rafraîchissement, l'eau chaude, le froid alimentaire, l'éclairage, devient donc proportionnellement énorme. Et le rafraîchissement domine souvent tout le reste.
D'où une conséquence que peu de gens formulent clairement : tout ce que vous dépensez pour refroidir dépend d'abord de la quantité de chaleur qui entre chez vous. Installer un climatiseur dans une pièce dont la toiture n'est pas traitée, c'est acheter une pompe pour vider une baignoire dont on n'a pas fermé le robinet. Cela fonctionne, mais il faut payer l'électricité en permanence.
L'ordre qui suit part donc de la cause et descend vers les effets. À chaque étape, la suivante devient moins chère : une maison bien protégée demande un climatiseur plus petit, donc moins cher à l'achat comme à l'usage.
C'est le poste le plus rentable d'une maison antillaise, et de loin. Une couverture en tôle exposée plein soleil monte très haut en température et rayonne cette chaleur vers l'intérieur pendant des heures, y compris après le coucher du soleil. Les pièces situées dessous peuvent dépasser la température extérieure.
Trois gestes différents traitent ce problème, et l'ANAH les juge tous les trois pertinents au maximum en Outre-mer. Ils ne rapportent pourtant pas la même chose :
Sur une toiture de 80 m², cela représente entre 3 280 € et 6 000 € d'aides selon le geste et l'île. Et ces gestes ne s'excluent pas : ils se cumulent, dans la limite du plafond global de 20 000 € d'aides MaPrimeRénov' par logement sur cinq ans.
Après le toit, ce sont les baies vitrées qui laissent entrer le plus de chaleur. Et là, une particularité mérite d'être connue, parce qu'elle change complètement le calcul selon l'île où vous habitez.
La protection solaire des fenêtres et baies, brise-soleil, volets projetables, lames orientables, films réfléchissants, ouvre droit à 25 €/m² de MaPrimeRénov' pour un ménage très modeste. En Guadeloupe, EDF Agir Plus ajoute 65 €/m², versés quelle que soit la tranche de revenus. En Martinique, cette prime Agir Plus n'existe pas.
Conséquence concrète : un ménage guadeloupéen aux ressources supérieures, qui ne touche rien de MaPrimeRénov' sur ce geste, perçoit malgré tout 65 €/m². Le même ménage en Martinique ne perçoit rien. C'est l'un des écarts les plus importants entre les deux îles, et il est presque toujours ignoré.
Ils sont explicitement exclus du barème EDF Agir Plus sur les protections solaires. Les volets projetables, eux, sont éligibles. La différence entre les deux tient en un mécanisme, et en plusieurs centaines d'euros d'aide.
Remarquez ce que cette étape ne dit pas : remplacer vos fenêtres. Changer une menuiserie n'arrête pas le rayonnement solaire ; c'est ce que vous placez devant le vitrage qui l'arrête. C'est d'ailleurs pour cela que le barème finance la protection, pas le châssis.
À ce stade, votre maison reçoit nettement moins de chaleur. Avant d'en acheter du froid, il reste un geste dont le rapport confort/consommation n'a aucun équivalent : le brasseur d'air.
Un brasseur ne refroidit pas l'air. Il le déplace, et ce mouvement accélère l'évaporation à la surface de la peau : c'est votre corps qui se refroidit. Pour être éligible à la prime EDF Agir Plus, l'appareil doit consommer moins de 70 W à sa vitesse maximale, produire plus de 8 500 m³/h, disposer d'au moins trois vitesses et rester sous 45 dB.
Comparez à un climatiseur de 9 000 BTU, qui appelle plusieurs centaines de watts en fonctionnement. L'écart se compte en dizaines, pas en pourcentages. Vous pouvez laisser un brasseur tourner toute la journée sans que votre facture bouge de façon perceptible.
La prime : 150 € par appareil en Martinique, 180 € en Guadeloupe pour un ménage très modeste. C'est l'un des rares postes où la Guadeloupe est plus généreuse.
Après trois étapes, la question « faut-il climatiser ? » ne se pose plus dans les mêmes termes. Il reste généralement les chambres, où l'enjeu n'est d'ailleurs pas tant la température que l'humidité. C'est elle qui empêche de dormir, et seul un climatiseur la retire.
Deux points décident du coût réel sur dix ans :
Côté aide, la Martinique est ici la plus généreuse : 350 € pour le remplacement d'un climatiseur par un A+++ de 9 000 BTU, contre 300 € en Guadeloupe. En première installation, 300 € contre 200 €. L'ancien appareil doit être effectivement déposé, et l'entreprise doit être partenaire EDF.
Dernier point, souvent décisif : les brasseurs d'air posés à l'étape 3 permettent de régler le climatiseur moins bas pour un confort identique, parce que l'air en mouvement améliore le ressenti. C'est exactement pour cette raison que l'étape 3 vient avant l'étape 4, et pas l'inverse.
Sans chauffage pour la masquer, l'eau chaude sanitaire pèse lourd sur une facture antillaise. Le remplacement d'un ballon électrique par un chauffe-eau solaire individuel est le geste le plus évident sous un ensoleillement pareil, et l'ANAH le confirme noir sur blanc.
Dans son tableau d'évaluation de la pertinence des travaux en Outre-mer, l'ANAH attribue au chauffe-eau solaire individuel sa note maximale, ★★★, avec la mention « solution idéale pour le chauffage de l'eau en maison individuelle ou en collectif ». Le chauffe-eau thermodynamique n'obtient qu'une étoile, présenté comme une solution alternative pour les cas où le solaire est techniquement impossible.
Les montants suivent la même logique : jusqu'à 1 600 € de MaPrimeRénov' pour le solaire, plus 1 100 € d'Agir Plus en Martinique ou 1 200 € en Guadeloupe. Soit 2 700 à 2 800 € pour un ménage très modeste.
Le barème Agir Plus de Martinique vise les capacités supérieures à 300 litres. Celui de Guadeloupe vise les capacités inférieures ou égales à 300 litres. Un même ballon de 250 litres est donc primé sur une île et pas sur l'autre. Un installateur qui applique le même catalogue des deux côtés peut vous faire perdre la prime sans le vouloir.
Le photovoltaïque arrive en dernier, et ce n'est pas un hasard. Produire de l'électricité pour alimenter une maison qui en gaspille revient à dimensionner, et à payer, une installation plus grande que nécessaire. Les cinq étapes précédentes réduisent votre consommation ; l'installation solaire qui suit sera d'autant plus petite et d'autant plus vite rentabilisée.
Aux Antilles, deux facteurs jouent en votre faveur : un gisement solaire supérieur à celui de l'Hexagone, et surtout beaucoup plus régulier sur l'année, la production ne s'effondre pas en saison creuse. La logique gagnante en zone non interconnectée est l'autoconsommation : consommer directement ce que l'on produit, plutôt que de tout réinjecter.
Deux contraintes techniques ne se négocient pas : des fixations dimensionnées pour les vents cycloniques, et des matériaux qui tiennent face à l'air salin. C'est là que se joue la durée de vie de l'installation, bien plus que dans la marque des panneaux.
C'est l'ordre inverse de celui décrit ici, et il coûte deux fois : un appareil surdimensionné parce que le bâti n'a pas été traité, puis une facture d'électricité permanente pour compenser ce même défaut.
Beaucoup de propriétaires renoncent à des travaux pour cette raison. Or l'isolation de toiture et le chauffe-eau solaire exigent effectivement une entreprise RGE, mais la surtoiture ventilée, les protections solaires de toiture, de murs et de baies, et le bardage ventilé, non. Pour les brasseurs d'air et les climatiseurs, c'est un autre critère qui s'applique : l'entreprise doit être partenaire EDF.
Elle ne se demande pas, elle ne se monte pas en dossier : l'entreprise l'applique directement sur la facture. L'article 296 du code général des impôts la prévoit en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion pour les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien des logements achevés depuis plus de deux ans, ainsi que pour les travaux d'amélioration énergétique. Les autres travaux de rénovation relèvent de 8,5 %. Sur un chantier de 10 000 € HT, l'écart avec le taux normal représente environ 1 790 €. C'est plus que la plupart des primes, et personne n'en parle.
Un seul chantier coûte moins cher que trois : l'accès, l'échafaudage et le déplacement ne se paient qu'une fois. Le moment d'ajouter une surtoiture ventilée, c'est quand on refait la couverture. Le moment de prévoir les fixations de panneaux solaires, c'est pendant la réfection de toiture, pas après, sur une toiture neuve qu'il faudra repercer.
Par la toiture, dans tous les cas. C'est par elle qu'entre l'essentiel de la chaleur, et c'est aussi le poste le mieux financé, jusqu'à 75 €/m² pour une surtoiture ventilée. Tous les gestes suivants coûtent moins cher une fois celui-ci fait.
Cela dépend trop de votre logement pour qu'un chiffre unique ait un sens, et méfiez-vous de qui vous en annonce un sans être venu. Ce qui est certain, c'est que l'ordre des travaux change le résultat : une maison protégée demande un climatiseur plus petit, qui consomme moins, en permanence.
Non, mais il faut faire dans le bon ordre, et grouper ce qui partage un accès. Refaire la toiture et poser une surtoiture ventilée le même jour coûte bien moins cher que deux chantiers séparés.
MaPrimeRénov' oui, EDF Agir Plus non. Les écarts sont parfois considérables : 65 €/m² de prime sur la protection solaire des baies en Guadeloupe, rien en Martinique. À l'inverse, la Martinique prime mieux le climatiseur.
MaPrimeRénov' s'adresse aux propriétaires. En revanche, la TVA à 2,1 % bénéficie aussi aux locataires et occupants à titre gratuit, et certains gestes Agir Plus restent accessibles avec l'accord du propriétaire.
Un guide donne les principes. Une visite gratuite donne le chiffre qui vous concerne.
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